Bob Mazzer, photographe du métro londonien

Clockwell, années 1980.

C’est en photographe amateur que Bob Mazzer réalise dans les années 1970 et 1980 de nombreux clichés dans le métro londonien. Comme lui-même a pu le dire, il ressentait une telle crainte à l’idée de rater quelque chose de captivant à immortaliser, qu’il s’accompagnait dans tous ses déplacements de son appareil photo.
Sans en avoir réellement conscience au moment où il réalise ces images, Bob Mazzer constitue cependant à travers elles un étonnant et extraordinaire témoignage de la vie quotidienne.
Ce n’est d’ailleurs que très récemment que ses photographies ont fait l’objet d’une première exposition, Underground, à la Howard Griffin Gallery.

Durant ses longs trajets en métro, Bob Mazzer photographie enfants, vieillards, amoureux, sans-abris, punks, touristes dont le physique atypique ou les attitudes étranges qu’ils adoptent, attirent son œil de photographe. Rien d’étonnant donc, à ce que les rames et les stations de métro où se concentrent des personnes très différentes aux comportements parfois inattendus, deviennent ses terrains de jeu favoris.

« Je sentais que le métro était mien et que j’étais là pour prendre des photos ».

 

Rockers at Manor House, années 1980.

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Les boîtes de Joseph Cornell

«  Aussi longtemps que Cornell vit et travaille, l’Europe ne peut ignorer l’art américain », Robert Motherwell, 1953.

Joseph Cornell par Duane Michals

Joseph Cornell, artiste américain né en 1903 à Nyack dans l’état de New York est bien l’une des personnalités les plus touchantes et atypiques du monde de l’art. Proche de Marcel Duchamp avec qui il a collaboré à la réalisation de ses Boîtes-en-valise ainsi que des surréalistes, les productions artistiques de Joseph Cornell demeurent néanmoins uniques en leur genre et sont irréductibles à toute tentative de classification.

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Duane Hanson : un sculpteur hyperréaliste

Duane Hanson with Football Player, 1984

Duane Hanson, sculpteur américain affilié au courant hyperréaliste naît en 1925 à Alexandria dans la Minnesota. Dès son plus jeune âge, Hanson entretient un rapport de fascination à la matière. Très tôt il réalise des sculptures à l’aide de divers matériaux – tels que le bois, le polyester ou encore le bronze – qu’il délaisse progressivement au profit de la résine de polyester et de la fibre de verre qu’il utilise ensuite jusqu’à la fin de sa vie. Mort en 1996 des suites d’un cancer provoqué par l’usage de ces matériaux nocifs, Hanson remporte au cours de sa carrière un grand succès couronné de nombreux prix. Il a par ailleurs eu une importante influence sur toute une génération de sculpteurs hyperréalistes tel que Ron Mueck. La technique employée par Duane Hanson et sa constante application à vouloir représenter des figures humaines avec un degré très poussé de réalisme en font un artiste atypique de la scène artistique américaine des années 1960. La pratique hyperréaliste de la sculpture chez Hanson dépasse cependant la simple quête d’une représentation parfaite de la réalité puisque dans son travail l’objet et la matière permettent avant tout de rendre compte de problématiques sociétales propres à son temps et qui lui tiennent à cœur.

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La notion d’objet chez Richard Estes

(Reprise d’un travail universitaire)

Ici il sera question de Richard Estes, un artiste américain qui à l’instar de Gerhard Richter réalise ses peintures à partir de photographies. A la différence de ce dernier, Estes s’enthousiasme pour le paysage urbain. Il est né en  1932 dans  l’Illinois (Etats-Unis), a étudié à l’Art Institute de Chicago et s’affirme sur la scène artistique comme un peintre hyperréaliste. Ses toiles arpentent New-York, Chicago, Paris, Florence… Nous nous promènerons donc à travers ses peintures pour tenter d’avoir un aperçu de son travail pictural et essayer d’en comprendre les principaux enjeux.

Richard Estes, 34 street Manathan,  Looking East, 1982, huile sur toile, 231.1cm x 231.1 cm.

Richard Estes, 34 street Manathan, Looking East, 1982, huile sur toile, 231.1cm x 231.1 cm.

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Dialogue entre Gerhard Richter et Marcel Duchamp

(Reprise d’un travail universitaire)

Marcel Duchamp, Nu descendant un escalier n°2, 1912, 147 x 89,2 cm, Huile sur toile, Philadelphia Museum of Art, Philadelphie, Etats-Unis.

Marcel Duchamp, Nu descendant un escalier n°2, 1912, 147 x 89,2 cm, Huile sur toile, Philadelphia Museum of Art, Philadelphie, Etats-Unis.

 » De toute manière, à partir de 1912, j’ai cessé d’être un peintre au sens professionnel du terme  » ( 1)

C’est ce que déclare Marcel Duchamp (1887-1967) suite à la réalisation de la seconde version du Nu descendant un escalier (1912). Après avoir été refusée au Salon des Indépendants de Paris en 1912, l’œuvre est exposée à l’Armory Show à New York (en 1913) où elle suscite le scandale. Elle donne chair à une volonté de rupture avec l’art pictural : le médium est perçu comme vain et désuet.  Or c’est à ce tableau, considéré comme le symbole d’une radicalité avant-gardiste, que le peintre Gerhard Richter (né à Dresde en 1922) décide de se confronter. formé en Allemagne de l’Est où l’art était asservi  à la propagande d’Etat, Richter rejoint l’Allemagne de l’Ouest en 1961 pour étudier à l’Académie de Düsseldorf entre 1961 et 1964. Dès 1962-63, il élabore ce qu’il nomme des « photo-peintures », soient des peintures qui s’inspirent directement de photographies. Ema (Nu sur un escalier) de 1966, se réfère à ce procédé. Elle fut conçue suite à la rétrospective de Marcel Duchamp, qui eut lieu en 1965, et que l’artiste allemand voit  au Museum Haus Lange de Krefeld. Il nous livre alors une toile qui incarne un discours critique sur la conception duchampienne de l’art pictural. Nous nous concentrerons donc sur la façon dont Richter parvient à s’extraire de l’aporie formelle dans laquelle Duchamp avait enfermé la peinture en la confrontant au médium photographique.

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