La Nuit, Ferdinand Hodler

Reprise d’un travail universitaire
Image       La Nuit/Die Nacht, 1889-1890, huile sur toile, 116 x 299 cm, Berne, Kunstmuseum.

   Réalisé en 1889-1890, le tableau La Nuit suscite lors de sa première exposition, en Févier 1891 au Musée Rath de Genève, une véritable incompréhension chez les contemporains du peintre. Alors que l’œuvre avait été unanimement sélectionnée par le jury pour intégrer l’exposition, elle s’en voit retirée peu de temps après sous le motif du respect de la bienséance et de la moralité publique. « Mr Hodler voit laid », œuvre « lubrique » ou « immorale », tels furent les qualificatifs utilisés à son encontre. Non préparés au vocabulaire esthétique employé par Hodler, c’est davantage la façon de représenter le sujet que le thème illustré qui choqua le public et la critique de l’époque.

   Avant de débuter l’étude même de l’œuvre, il est nécessaire de rappeler la grande nouveauté apportée par les peintres au XIXe siècle. Alors que les siècles précédents étaient caractérisés par la quête toujours grandissante d’une représentation naturaliste – à comprendre dans le sens de fidélité à la réalité – le XIXe voit se démultiplier chez les peintres la volonté d’utiliser le médium pictural comme le vecteur de leurs sensations, émotions et sentiments. La Nuit, nous allons le voir, en est la parfaite illustration. Lire la suite

Whistler : peinture et poésie

Whistler, nocture en bleu et or, 1872-5

Whistler, nocturne en bleu et or, 1872-75, huile sur toile, Tate, Londres.

(Reprise d’un travail universitaire)

« Ce que le tableau représente ? Cela dépend de celui qui le regarde».

Ces propos, Whistler les tient lors d’un procès qui l’oppose à Ruskin, célèbre critique d’art de l’époque, en 1878.
En effet, cette même année Whistler exposait certaines de ses Nocturnes, lesquelles inspirent à Ruskin des propos que l’artiste juge insultants : le critique accuse l’artiste d’avoir jeté un pot de peinture à la face du public. Whistler lui intente alors un procès qui fera grand bruit. L’avis de Ruskin est en effet largement partagé par ses contemporains : loin d’apprécier la poésie qu’on lui reconnait aujourd’hui ils n’adhèrent pas à la nouvelle esthétique mise en place par l’artiste. Une esthétique notamment incarnée par l’œuvre Nocturne en bleu et or le vieux pont de Battersea, fer de lance du procès.

Quels sont les principes de cette nouvelle esthétique et pourquoi fut-elle aussi âprement rejetée par ses contemporains ?

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