Whistler : peinture et poésie

Whistler, nocture en bleu et or, 1872-5

Whistler, nocturne en bleu et or, 1872-75, huile sur toile, Tate, Londres.

(Reprise d’un travail universitaire)

« Ce que le tableau représente ? Cela dépend de celui qui le regarde».

Ces propos, Whistler les tient lors d’un procès qui l’oppose à Ruskin, célèbre critique d’art de l’époque, en 1878.
En effet, cette même année Whistler exposait certaines de ses Nocturnes, lesquelles inspirent à Ruskin des propos que l’artiste juge insultants : le critique accuse l’artiste d’avoir jeté un pot de peinture à la face du public. Whistler lui intente alors un procès qui fera grand bruit. L’avis de Ruskin est en effet largement partagé par ses contemporains : loin d’apprécier la poésie qu’on lui reconnait aujourd’hui ils n’adhèrent pas à la nouvelle esthétique mise en place par l’artiste. Une esthétique notamment incarnée par l’œuvre Nocturne en bleu et or le vieux pont de Battersea, fer de lance du procès.

Quels sont les principes de cette nouvelle esthétique et pourquoi fut-elle aussi âprement rejetée par ses contemporains ?

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La belle Ellis

(reprise d’un travail universitaire)

Otto Dix, Ellis, aquarelle, 1923

Otto Dix, Ellis, aquarelle, 1923

Premier article, premier essai, et aujourd’hui on vous propose une étude d’œuvre. J’en ai choisi une particulièrement belle pour marquer le coup, une aquarelle d’Otto Dix, Ellis de son petit nom.

Une œuvre assez agressive….mais qu’en est-il ?

L’inconnue, tronquée au niveau du bord inférieur, la silhouette détourée par un noir bleuté, s’en retrouve projetée vers le spectateur.  Elle, ou plutôt ses vêtements, occupent toute la composition, envahissant littéralement le champ de l’image. Ces accessoires sont ceux d’une élégante : chapeau, boa, et un voile d’une grande délicatesse.
Il s’agit en fait d’un dessin aquarellé, et Dix en fait une utilisation bien particulière… Les traits du visage et les boucles sont réalisés au crayon, la feuille est ensuite mouillée et le papier absorbe les pigments que Dix a grossièrement déposés, à la manière d’un buvard. C’est ce qui permet à Dix de suggérer l’aspect duveteux et vaporeux des accessoires, du boa. S’il désire apposer une nouvelle couleur il remouille sa feuille. Seuls certains détails sont effectués à sec et donnent l’impression que l’aquarelle, sèche, a adhéré inégalement aux grains du papier.
Cette technique de l’aquarelle chez Dix induit forcément des contrastes entre zones floues et nettes. Les vêtements relèvent plutôt des premières tandis qu’à l’inverse, le corps, et surtout le visage, relèvent du trait : ferme, violent, tourbillonnant il vient dessiner un corps maigre et un visage fin et creusé qui contrebalancent l’opulence des vêtements. Lire la suite