Les étranges fragments d’Aurélie Haberey

Haberey Aurélie, Compartiments, photographie (suite de trois images) Tirage C-Print, diasec, 42 x 42 cm (chacune), 2004 (2)

Haberey Aurélie, Compartiments, photographie (suite de trois images) Tirage C-Print, diasec, 42 x 42 cm (chacune), 2004 (2)

Les photographies d’Aurélie Haberey composent un monde que l’on a du mal à ne pas qualifier de « féminin » : des lumières douces et des corps qui valsent…Mais des corps bien étranges, souvent démembrés et sans visages. En fait, ces photographies parlent d’un corps – le plus souvent féminin – qui vit, qui bouge et danse. Elles parlent de désir, car qu’est-ce que le désir sinon un jeu constant entre envie et frustration ?

Haberey Aurélie, photographie (suite de trois images) Tirage C-Print, diasec, 42 x 42 cm (chacune), 2004 (3)

Haberey Aurélie, Compartiments, photographie (suite de trois images) Tirage C-Print, diasec, 42 x 42 cm (chacune), 2004 (3)

Haberey Aurélie, sans titre (jupe), photographie, tirage C-Print, 110 x 110 cm, 2009

Haberey Aurélie, sans titre (jupe), photographie, tirage C-Print, 110 x 110 cm, 2009

Une esthétique du voilé – dévoilé, de la présence et de l’absence. Les corps sont toujours en situation de hors-champ, jamais visibles en entier car toujours coupés par les bords de l’image, ils existent hors du cadre. Une esthétique du fragment qui rend peut-être compte de la nature de notre regard qui n’embrasse que rarement un être dans sa totalité. En ce sens, la photographe choisit de fixer son attention sur des détails, souvent sur les jambes. D’ailleurs, même lorsqu’elle tente de rendre compte d’un corps « entier » – ou presque – elle ne peut se départir de l’idée du fragment et choisi de juxtaposer plusieurs clichés, comme dans La Ronde.
Nous ne sommes donc jamais en position de pouvoir « embrasser » le modèle, contraints de nous contenter d’une partie de son anatomie.

Haberey Aurélie, La Ronde (Version 1), collage, impression papier, 7 x 5 cm chacune, 2013

Haberey Aurélie, La Ronde (Version 1), collage, impression papier, 7 x 5 cm chacune, 2013

Haberey Aurélie, Les secrets, photographie, dimension et support variables, 2004 - 2006

Haberey Aurélie, Les secrets, photographie, dimension et support variables, 2004 – 2006

S’installe alors progressivement un jeu sur la pulsion scopique, sur le désir de voir, sur le désir tout court. Le spectateur est constamment mis dans une position d’insatisfaction. Jamais il n’est en mesure de comprendre ce qu’il voit – et pourtant il le désir-, le format carré et le jeu sur les cadrages empêchent toute reconstitution : il ne peut reconstruire un corps entier et donc une personnalité, il ne peut identifier un lieu, et parfois pas même une action. Ainsi, dans Les secrets ce corps suspendu à un arbre pourrait tout autant évoquer la pendaison qu’un chat-perché. De même, lorsque l’artiste choisi d’exposer ses photographies dans un jardin, s’arrangeant pour que le spectateur ne puisse les voir que depuis l’intérieur, ne joue-t-elle pas avec lui ?

Haberey Aurélie, Le motif, photographie, Tirage C-Print, diasec, 124 x 124 cm, 2005

Haberey Aurélie, Le Motif, photographie, Tirage C-Print, diasec, 124 x 124 cm, 2005

Haberey Aurélie, photographie (suite de trois images) Tirage C-Print, diasec, 42 x 42 cm (chacune), 2004

Haberey Aurélie, Compartiments, photographie (suite de trois images) Tirage C-Print, diasec, 42 x 42 cm (chacune), 2004

Par ailleurs, rien de moins anodin que ces jambes qui dépassent – pas si innocemment – des jupes. Fixer notre attention sur les jambes, sur les bustes, c’est mettre en scène un regard désirant. Les choses sont très aériennes chez Aurélie Haberey, à l’image des nombreux tissus tout est léger, virevoltant, transparent. Jupes et rideaux, transpercés par la lumière matinale, caressent la peau des modèle et participent d’une sensualité que l’on n’avait pas immédiatement saisie derrière les petits souliers et les motifs enfantins. La peau se fait valoir par delà le coton.

Haberey Aurélie, Les secrets, photographie, dimension et support variables, 2004 - 2006

Haberey Aurélie, Les secrets, photographie, dimension et support variables, 2004 – 2006

Haberey Aurélie, Les secrets (1), photographie, dimension et support variables, 2004-2006

Haberey Aurélie, Les secrets, photographie, dimension et support variables, 2004-2006

Mais à la question de la sensualité se mêlent celles de l’enfance et de l’étrangeté. Car ces jambes démesurément grandes nous semblent être celles de quelque fillette égarée dans un univers souvent végétal et énigmatique puisque cadré de manière à ce que nous n’en sachions rien. Une esthétique douce et amère, merveilleuse autant qu’inquiétante qui nous évoque le monde d’Alice aux pays des merveilles. Les titres, eux-même énigmatiques, participent du mystère. Titres et photographies sont des embryons narratifs qui titillent notre imaginaire. Aurélie Haberey instaure ainsi un univers fragile et touchant.

Haberey Aurélie, 2006 exposition collective entre-temps, musée éphémère, Là Hors De - Lyon

Haberey Aurélie, 2006 exposition collective entre-temps, musée éphémère, Là Hors De – Lyon

Le site internet de l’artiste : Aurélie Haberey

Annaëlle.

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