Fernand Khnopff : le flou identitaire

Artiste belge, lié à la mouvance symboliste, proche de Péladan et du mouvement de la rose+croix, Fernand Khnopff a produit une œuvre intéressante pour qui étudie le thème de l’identité.

En effet, Khnopff c’est d’abord une personnalité hors normes. Plutôt mal considéré par ses contemporains, la réception de son œuvre est mitigée. Timide, exclu des mondanités, il vit reclus dans son atelier, se consacrant entièrement à son art.
Mais Khnopff a également une autre passion : sa sœur. Omniprésente muse dépeinte sous milles visages et pourtant toujours égale.  L’artiste la photographie, puis la peint, inlassablement.

Capture d’écran 2013-10-19 à 15.32.10Bientôt la figure de cette sœur qu’il affectionne tant n’est plus seulement présente dans ses portraits mais hante l’intégralité de son œuvre. Dans Memories l’artiste va même jusqu’à démultiplier la jeune femme qui perd alors toute substance. La touche vaporeuse de Khnopff, qui convient parfaitement à ses thèmes oniriques, contribue à déréaliser le personnage. Dépossédée de toute réalité, Marguerite n’est plus qu’un fantôme, ici, un souvenir.

Khnopff, Memories, Pastel, 1889

Khnopff, Memories, Pastel, 1889

Fernand Khnopff, étude pour Memories

Fernand Khnopff, étude pour Memories

Loin d’être un moyen pour Khnopff de capturer le réel et de rendre ses modèles avec vérité, la photographie sert cette déréalisation.  Elle est le point de départ d’une transformation. On ne peut en effet s’empêcher de remarquer une ressemblance entre ces personnages et l’artiste, roux et efféminé. Si l’on reconnait les traits de Marguerite, l’artiste y adjoint les siens, poussant ainsi à son paroxysme son désir de fusion. Les êtres androgynes qui en découlent doivent également beaucoup à l’idéal de beauté grec antique.  Ces chimères se font alors l’incarnation d’un « moi-idéal ».

Fernand Khnopff, Le Sphinx, ou, Les Caresses, huile sur toile, 1896, Musées royaux des beaux arts de Belgique, Bruxelles.

Fernand Khnopff, Le Sphinx, ou, Les Caresses, huile sur toile, 1896, Musées royaux des beaux arts de Belgique, Bruxelles.

Dès lors, l’artiste timide et renfermé se crée un personnage. Porté par les idées de la rose+croix qui promeuvent un art élitiste œuvre de quelques génies et élus, Khnopff organise son atelier comme une grande mascarade. Un cercle d’or délimite la zone ou l’artiste, devenu démiurge après divers préparatifs « chamanistiques »,  peut créer. Un autel est voué au culte d’Hypnos (dieu du sommeil et frère de Thanatos dieu de la mort) figuré par un buste dont les traits sont les mêmes que les chimères auxquelles l’artiste s’identifie. Le buste était d’ailleurs surmonté d’une inscription : « on a que soit« , ce qui tend à prouver la dimension autoréférentielle et narcissique de ce culte.

Mais plus encore, en bon symboliste, Khnopff produit des œuvres oniriques et centrées sur son propre psychisme . Nombre des titres de ses toiles interpellent directement le spectateur et utilisent des pronoms faisant directement référence à l’artiste : Who Shall deliver me ? ; I lock my door upon myself…ces œuvres figurent des face à face de l’artiste avec lui-même comme autant d’autoportraits « mentaux », lieux d’une introspection. Khnopff  y impose son égo, son « moi » presque au futur sens psychanalytique, en exposant son psychisme. Car chez Khnopff, « C’est l’œuvre qu’il faut interroger, et c’est elle qui, pour son auteur, avoue. »( 1)

Annaëlle.

Fernand Khnopff, I Lock my door upon myself, huile sur toile, 1891

Fernand Khnopff, I Lock my door upon myself, huile sur toile, 1891

Bibliographie :

livre :
DRAGUET, Michel, Khnopff ou l’ambigüe poétique, Flammarion, Paris, 1995
catalogue d’exposition :
Fernand Khnopff 1858-1921, cat. exp. , Musée des arts décoratifs, Paris, 10 octobre – 31 décembre 1979.
Travail universitaire :
BARGOVEANU, Andreea, Les métaphores d’Hypnos dans la peinture européenne du dix-neuvième siècle. De la crise du dispositif classique au jeu identitaire, mémoire de recherche en histoire de l’art sous la direction de Nicole Dubreuil, Université de Montréal, 2008

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5 réflexions sur “Fernand Khnopff : le flou identitaire

    • Merci beaucoup Kristelle pour ce petit mot ! On est toujours très touchées (pour l’instant le comité de rédaction est exclusivement féminin, ahah ) de voir que notre travail est lu et apprécié !

  1. Bravo Annaëlle,
    je lis avec plaisir tes analyses bien construites et aux illustrations bien choisies pour illustrer ton propos! Belle initiative ce blog !
    Christiane D.

  2. Pingback: Anne-Sophie Tschiegg et Jan Peter Tripp | une dilettante

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